Chaque année en septembre se tient, près du marabout de Sidi Mohamed El Mehreni, à Imilchil, la grande fête d'équinoxe : le moussem des Fiançailles, le plus grand rassemblement des gens berbères de l'Atlas. Imilchil est une bourgade située à 2200 m d'altitude au cœur du Haut Atlas oriental relevant de la province d'Errachidia dans le territoire des Aït Hdiddou une des tribus de la fameuse confédération des Aït Yafelman. ![]() Légende du festival Ils appartenaient à deux tribus différentes: Ait Hadidoult et Ait brahim et se rencontraient autour de la fontaine commune. Mais leurs parents s'opposaient farouchement à leur union. Or à cette époque, dans ce monde de clans, la guerre se déclenchait facilement entre un village et un autre. Même les liens du mariage ne pouvaient empêcher les guerres et conflits. Les deux amants, empêchés d'unir leur destin, pleurèrent toutes les larmes de leur corps, Deux lacs se formèrent. Et depuis deux lacs de larmes, bleu azure, se côtoient dans les hauteurs et reflètent les flans de ces montagnes arides: ils ont pour nom Tilsit et Iseli: le promis et la promise. Tilsit et Iseli reposent à jamais à 2500 mètres dans les hauteurs. La mort a sublimé leur amour dans la mémoire des Berbères de l'Atlas. Roméo et Juliettes de l'Atlas ? Voilà la légende vivante qui court d'une génération à l'autre, entre ces sommets qui s'élève jusqu'à 4000 mètres. Ces plateaux hatelants sous le soleil et glacés par le vent de la nuit. Est ce une légende ou un mythe ? Dans tous les cas, une histoire à enflammer l'imagination ! Quoi les berbères ont aussi leur Roméo et Juliettes ! Est ce qu'on peut visiter les lieux ? Humer ce qu'ils ont laissé dans l'atmosphére ces amoureux ? peut-on faire revivre les vestiges du passé ? Chaque année, au début de l'automne, dans le haut-Atla, en plein cœur du pays berbère, dans la province d'Errachidia et non loin des deux lacs, le vaste plateau d'Imilchil sert rencontre de l'amour. C'est le moussem des fiancés. La convergent des milliers de Marocains: des marchands, des agriculteurs, des pélerins et les candidats au mariage. C'est leur grande rencontre avant les langues nuits d'hiver et la coupure des routes due au col enneigé.
On peut arriver à Imilchil de Marrakech, en longeant les belles cascades d'Ouzoud. Nous avons préféré la route venant de Ouarzazate et passant par les gorges moins fréquentées et plus rustiques du Draa. Sans indication, ni route asphaltée, il nous fallait un guide et une bonne voiture. Nous voilà à Imilchil, village perché à plus de 2 500 mètres, dans le Haut-Atlas, et pas loin des deux lacs légendaires. Perdu dans la nature, inconnu, Imilchil devient à la troisième semaine de septembre le centre d'une effer¬vescence inhabituelle. Un plateau aride surplombe le village. Désolante cette étendue de sable abandonnée, perdue au bout du monde. Mais les amoureux ont bien choisi leur emplacement. C'est un digne décor qui se prêtera merveilleusement à une représentation théâtrale. Car dans cette immensité nue, mais majestueuse, le spectacle sera impressionnant les trois jours qui suivront. C'est là que j'ai désiré fixer en image la progression de cette mise en scène, de ces festivités auxquelles nous étions conviés. Et capter la mémoire vivante de ce peuple millénaire |
Nous sommes le 19 septembre. Le soleil se pointe à six heures du matin et le rideau se lève sur le plateau d'Imilchil. Fantastique la luminosité ocre doré qui s'étale dans l'espace et entoure le mausolée du mara-bout Sidi Ahmed Oulmaghni. Majestueuse construction en pierre de sable où repose le saint des lieux. Arrivent les filles, drapées de leurs longs manteaux noirs, brodés dans les mêmes tons que leurs coiffes. Celles qui sont vierges portent une coiffe plate, les divorcées et les veuves portent une coiffe conique. Elles sont somptueuses dans leurs abayas, les yeux cernés de khôl, les lèvres rouges et le visage maquillé et tatoué. Elles ont les traits fins, le port altier, la démarche princière. Elles sont fières d'appartenir à ce peuple et d'êtres belles. Elles sont là pour trouver le compagnon qui partagera leurs plaisirs et leurs peines, qui leur fera vivre une histoire enchantée et accampagnera leurs longues nuits d'hiver. Eux aussi sont à l'affût de celle qui pourra entendre leur chant d'amour. Des regards, quelques phrases échangées, puis le soir quelques pas de danse ébauchés. Ils se retiennent encore. Ils en sont au premier jour encore
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